Bertrand Russel, Aldous Huxley, quand deux des plus grands intellectuels du XXème siècle annonçaient en même temps un gouvernement mondial et une dictature scientifique, et une annonce glaçante d'Engels.
Retour au meilleur des mondes, (1958) œuvre méconnue d'Aldous Huxley où il reprend les conférences données sur les campus américains, qui firent de lui le maître à pensée du premier mouvement hippy contestataire et engagé:
"Dans le monde où nous vivons, ainsi qu'il a été indiqué dans des chapitres précédents, d'immenses forces impersonnelles tendent vers l'établissement d'un pouvoir centralisé et d'une société enrégimentée. La standardisation génétique est encore impossible, mais les Gros Gouvernements et les Grosses Affaires possèdent déjà, ou posséderont bientôt, tous les procédés pour la manipulation des esprits décrits dans Le Meilleur des mondes, avec bien d'autres que mon manque d'imagination m'a empêché d'inventer. N'ayant pas la possibilité d'imposer l'uniformité génétique aux embryons, les dirigeants du monde trop peuplé et trop organisé de demain essaieront d'imposer une uniformité sociale et intellectuelle aux adultes et à leurs enfants. Pour y parvenir, ils feront usage (à moins qu'on les en empêche) de tous les procédés de manipulation mentale à leur disposition, et n'hésiteront pas à renforcer ces méthodes de persuasion non rationnelle par la contrainte économique et des menaces de violence physique. Si nous voulons éviter ce genre de tyrannie, il faut que nous commencions sans délai notre éducation et celle de nos enfants pour nous rendre aptes à être libres et à nous gouverner nous-mêmes. (...) Sous la férule d'un dictateur scientifique, l'éducation produira vraiment les effets voulus et il en résultera que la plupart des hommes et des femmes en arriveront à aimer leur servitude sans jamais songer à la révolution. Il semble qu'il n'y ait aucune raison valable pour qu'une dictature parfaitement scientifique soit jamais renversée. En attendant, il reste encore quelque liberté dans le monde. Il est vrai que beaucoup de jeunes n'ont pas l'air de l'apprécier, mais un certain nombre d'entre nous croient encore que sans elle les humains ne peuvent pas devenir pleinement humains et qu'elle a donc une irremplaçable valeur. Peut-être les forces qui la menacent sont-elles trop puissantes pour que l'on puisse leur résister très longtemps. C'est encore et toujours notre devoir de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour nous opposer à elles ».
Voici à présent des citations de
Bertrand Russel (1872-1970), prix Nobel de littérature en 1950, tirées de Dédale et Icare (Icarus or the Future of Science, 1924) et Science, puissance, violence (
On Scientific Dictatorship 1954) © Allia, 2015.
« Bien que cette science sera diligemment étudiée, elle sera confinée dans la classe dirigeante ». « Graduellement, par l'élevage sélectif, les différences congénitales entre les gouvernants et les gouvernés s'accroîtront jusqu'à ce qu'ils deviennent presque des espèces différentes. Une révolte de la plèbe deviendra aussi impensable qu'une insurrection organisée de brebis contre la pratique de manger du mouton ». « Lorsque je parle d'un gouvernement mondial, je parle d'un gouvernement qui gouverne réellement, pas d'une gentille façade comme la Ligue des nations ou d'une fraude prétentieuse comme les Nations-Unies sous leur forme actuelle. Un gouvernement international (...) doit posséder les seules bombes atomiques, les seules usines pouvant les produire, la seule force aérienne, les seuls navires et, plus généralement, tout ce qui peut être nécessaire pour le rendre irrésistible (...) Il devra être obligé, en vertu de sa constitution, d'intervenir par la force des armes contre toute nation qui refuserait de se soumettre à son arbitrage. » « Il faut s’attendre à ce que les avancées de la physiologie et de la psychologie donnent aux gouvernements beaucoup plus de contrôle sur le mental des individus qu’ils n’en ont maintenant même dans les pays totalitaires. Fichte écrivit que l’éducation devait viser à détruite le libre arbitre afin que, après que les élèves aient quitté l’école, ils soient incapables, pour tout le reste de leur vie, de penser ou d’agir de façon autre que celle que leurs maîtres d’école l’auront